Tonski-Balance-From-Within-1

Prosopopées : quand les objets prennent vie

Exposition

Du samedi 5 décembre 2015 au dimanche 31 janvier 2016

De quoi s’agit-il ?
La prosopopée est une figure de style qui consiste faire parler un animal, un objet inanimé, un mort, une chose personnifiée, une abstraction…

Quand les objets prennent vie…
Quand les morts revivent…
Quand les concepts s’incarnent…

L’inspirateur principal de cette proposition est Philip K. Dick, le grand visionnaire paranoïaque de la littérature contemporaine. En particulier, le sentiment dickien que quelque chose cloche. Que le monde n’est pas ce qu’il semble être, mais un décor, un trompe-l’œil habilement conçu pour abuser le genre humain.

Prosopopées sera donc la grande thématique transversale de la Biennale 2015 et de son exposition principale au CENTQUATRE-PARIS, la fiction d’un dérèglement savamment orchestré.

Imaginez que nous rencontrions des affichages d’aéroport qui n’en font qu’à leur tête (Signal To Noise de LAb[au]), des entités extraterrestres qui s’installent parmi nous (Timée et Hara de Guillaume Marmin), des tableaux qui prennent vie, des exo-squelettes venus de l’outre-espace qui nous invitent à danser (Inferno de Bill Vorn et Louis-Philippe Demers), des œuvres qui tentent de s’échapper de l’exposition (Nervous Trees de Krištof Kintera). Imaginez un «Appartement fou»…

Lire la suite

Imaginez le chaos comme un ordre qui n’aurait pas encore été déchiffré. La poésie de Prosopopées consiste à présenter une revue d’objets déconnectés, une poésie de la machine, avec sa part de mystère, d’organique, de simplisme puissamment rebelle, sa logique irrationnelle.Ce que nous proposons ici n’est rien d’autre que le retour de la magie, de l’aberration, dont on croyait s’être prémuni par les sciences et les nouvelles technologies. Mais ne dit-on pas justement, comme Arthur C. Clarke, que toute technologie suffisamment avancée est indissociable de la magie. Nous avons adoré mettre en valeur ce travestissement généralisé de l’objet technique en objet esthétique, ces épiphanies machiniques très éloignées de l’utilitarisme de l’histoire des objets techniques.Certaines installations nous offrent l’écrin d’une réalité légèrement modifiée qui nous accompagne ou nous trouble avec bienveillance (Pergola de LAb[au], Élasticité dynamique d’Étienne Rey et From Here to Infinity d’Olivier Ratsi). Mais ne nous y trompons pas, leur adversité est parfois manifeste et nous renvoie à toutes les révoltes de robots et de cyborgs de l’histoire de la science-fiction (Parsec de Joris Strijbos et Daan Johan, Nyloïd d’André et Michel Décosterd…). Toutes ces œuvres auront des comportements extra-terrestres. Elles seront même parfois, littéralement, extra-terrestres : la lecture des plis et replis métalliques d’une météorite va modifier en direct la composition musicale de Lara Morciano. Connaît-on déjà une telle complicité artistique avec un objet venu de l’outre-espace ? (Octaédrite de Félicie d’Estienne d’Orves et Lara Morciano).

Les pièces de notre Appartement fou, présentées dans les écuries du CENTQUATRE-PARIS, sont très emblématiques de ce dérèglement généralisé. Souvenons-nous que le mobilier et les objets du logis sont des symboles de convenances, d’ordre et d’une certaine hiérarchie sociale. Le nôtre en est dépourvu. Ces composantes, par la main de l’artiste technicien, ont des âmes artificielles. Un miroir qui refuse obstinément de faire miroir est la réminiscence d’un ordre ancien en train de mal tourner, alors que les hommes depuis deux siècles se sont ingéniés à produire un environnement maîtrisé. Pourquoi une vague de néons (Wave Interference de Robyn Moody) ? Comment un canapé (de vaudeville) peut-il se pâmer, sur un seul pied, comme une cocotte aurait pu le faire ? (Balance From Within de Jacob Tonski). Sommes-nous toujours dans le jeu de l’imitation et dans un système anthropo-morphique où l’homme a le beau rôle ? Le combat à mort entre un frigidaire et un radiateur, qui ne semblent pas partager la même vision de l’écologie, sont-ils un point de non-retour de l’objet au service de ? (My Answer to Ecology #2 de Charbel-joseph H. Boutros) ? Et qu’en est-il du vélo polluant (Keep on Smoking, Michel de Broin) ? Ou des médiateurs robots contre-performants et suppliants de Pascal Bauer (Notre bon plaisir) qui se prosternent devant les spectateurs ? Le public n’entrera pas dans l’appartement de Steve Jobs mais plutôt dans celui de Théophile Gautier, de Joris-Karl Huysmans ou de Philip K. Dick.

Tout le mérite revient aux artistes et à leur ingénierie. Il n’est question ici que d’intelligence humaine et de talent pour donner l’impression subjective de la conscience des machines et des objets, dont ils sont, bien sûr, dépourvus.

Welcome to the techno freak show !

 

Une vision et un manifeste
Par Gilles Alvarez, 2 décembre 2015

Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?
Lamartine, « Milly ou la terre natale » dans les Harmonies poétiques et religieuses

On s’accordera à dire que l’objet est inanimé, et ce sera rassurant de le dire afin de le distinguer de notre propre statut d’animés pensants; mais tout un cortège de machines viendront insinuer le doute à l’intérieur de cette belle certitude.
Marta Caraion, Usages de l’objet

De quoi s’agit-il ?

La prosopopée est une figure de style qui consiste à faire parler un animal, un objet inanimé, un mort, une chose personnifiée, une abstraction.

Parmi les artistes de Prosopopées : quand les objets prennent vie : Bill Vorn et Louis-Philippe Demers, Aurélien Bory, Krištof Kintera, Robyn Moody, Nonotak, Félicie d’Estienne d’Orves et Lara Morciano , LAb[au], Michel de Broin, Edwige Armand, Étienne Rey, Ei Wada, Guillaume Marmin et Fred Malloreau, André et Michel Décosterd, Pascal Bauer, Bram Snijders, Joris Strijbos et Daan Johan, Jérémy Gobé, Fred Penelle et Yannick Jacquet, Maxime Damecour, Laurent Pernot, Anne Roquigny, Olivier Ratsi, Thomas Cimolaï, Samuel Saint-Aubin, Benoît Labourdette, Marck, Charbel-joseph H.Boutros…

Plusieurs textes et œuvres ont inspiré l’exposition. Tout est parti d’un petit rocher aperçu dans une foire d’art numérique à Munich…

Lire la suite

Que faisait là, dans une exposition au tropisme technologique, un caillou, figurant typique d’une exposition de land-art ? En s’en approchant, on pouvait constater que ce rocher, exécuté en un matériau plastique hyper-réaliste, respirait...
Il y a eu également l’extraordinaire exposition de la Tate Britain consacrée à John Martin, peintre apocalyptique du XIXe siècle. Les scénographes de l’exposition et le collectif Univited Guests with Fuel avaient donné vie à un de ses dramatiques triptyques bibliques avec de la vidéo HD projetée à même les tableaux du peintre, des effets de lumière, de la fumée et une sonorisation spatialité perturbante. C’était un spectacle de peinture avec des personnages peints qui prenaient vie dont l’un, à un moment donné, nous regardait droit dans les yeux… Frissons.
On pourrait y ajouter la cafetière qui prend vie de Théophile Gautier dans sa nouvelle éponyme (et les personnages qui sortent des tableaux), et bien sûr La Peau de chagrin de Balzac dont le collectif 33 1/3 donne également dans cette Biennale une interprétation contemporaine avec l’Ensemble Intercontemporain (No More Masterpieces d’après le Concerto Séraphin de Wolfgang Rihm à la Philharmonie de Paris, 14 janvier 2016).Mais l’inspirateur principal de cette proposition est Philip K. Dick, le grand visionnaire paranoïaque de la littérature contemporaine.
En particulier, le sentiment dickien, si bien relevé par Emmanuel Carrère, que « quelque chose cloche ». Que le monde n'est pas ce qu'il semble être, mais un décor, un trompe-l'œil habilement conçu pour abuser le genre humain. Qu’il soit « merveilleusement fertile ou pathétiquement déréglé ». Ou les deux en même temps, possiblement...
L’une de ses nouvelles, en particulier, donne le ton : c’est l’histoire d’un scientifique, Doc Labyrinth, qui a développé l’Animateur, une machine supposée donner vie aux objets inanimés. Lui-même n’y croyant pas, il le vend pour cinq dollars au narrateur qui teste l’objet en y insérant une chaussure qui, le lendemain, prend vie et s’enfuit… La chaussure finit par revenir dans le laboratoire et insère une chaussure de femme dans l’Animateur pour s’en faire une compagne. Les deux hommes ne peuvent qu’observer enfin les deux chaussures partir au loin l’une à côté de l’autre...Aussitôt m'est venu le Principe de l'Irritation Suffisante. C'était là l'origine de la vie. Il y a une éternité, au fond des âges, un bout de matière inanimée s'est trouvé tellement irrité par un facteur quelconque qu'il a quitté sa place sous le coup de l'indignation. Et j'ai compris que là était mon grand œuvre : il me fallait découvrir le facteur irritant idéal, c'est-à-dire suffisamment exaspérant pour insuffler la vie à la matière inanimée, et l'incorporer dans une machine maniable.
Ces quelques lignes de Philip K. Dick (The Short Happy Life of Brown Oxford) donnent le ton de la grande thématique transversale de la Biennale 2015 et de son exposition principale au CENTQUATRE-PARIS. Les prospectivistes à la Jeremy Rifkin adorent le futur ou au minimum s'en satisfont. Les artistes à la K. Dick l'ont en horreur ou, au mieux, s'en accommodent.Quand les objets prennent vie...
Quand les morts revivent...
Quand les concepts s'incarnent...

Cette exposition est la fiction d’un dérèglement savamment orchestré. Imaginez que nous rencontrions des affichages d’aéroport qui n’en font qu’à leur tête, une météorite lue par des lasers, des entités extraterrestres qui s'installent parmi nous, des tableaux qui prennent vie, un canapé pris d’extase, des exo-squelettes venus de l'enfer qui nous invitent à danser, des œuvres qui tentent de s'échapper de l'exposition… Imaginez un Appartement fou ...
Imaginez le chaos comme un ordre qui n’aurait pas encore été déchiffré.
Comme quand les doigts du pianiste ont définitivement quitté le clavier et que la machine laissée à son libre arbitre emmène les dernières notes du Repons de Boulez vers une dimension inconnue, immense et infinie.

Prosopopées : quand les objets prennent vie n'interroge pas le devenir machinique de l'homme. Elle laisse aux machines leur poésie propre, qui peut aussi être de ne pas FORCÉMENT interagir avec l’homme et de ne pas être nécessairement à son service. Elle s'inscrit à contre-courant du participatif, de l'interactif, de tout le côté innovant et fun d'un certain art numérique actuel.
Les hommes seront face aux machines et le dialogue n'aura parfois rien de fun.
Nos machines à tendance numérique sont les nouveaux ready-made dans lesquels les hommes ne seront pas tentés de pisser, parce qu’ils n’en seront que les compléments d'objet. Les artistes de cette exposition ont créé des artefacts, mais leur ont attribué une fonction d'œuvre d'art en leur redonnant un horizon autonome, eux étant déconnectés de leurs démiurges et de leurs usagers, les spectateurs.
En cela, la poésie de Prosopopées : quand les objets prennent vie consiste à proposer une revue d'objets déconnectés, à l'heure grotesque des objets connectés omnipotents, fils à la patte cool d’un nouvel esclavagisme en marche dont nous serons les inéluctables victimes. Cette poésie est celle de la machine, entité encore mystérieuse, alors que le robot, qui peuple les concours Lépine et les salons d’innovations, n’a pas plus désormais de poésie ni de mystère qu’un aspirateur intelligent.

La machine conserve sa part de mystère, d’organique, de simplisme puissamment rebelle. Les objets de cette exposition récusent la concrétisation de tâches pour lesquelles ils ont été conçus. Ils sont détournés de leur fonction utilitaire initiale, de leur corvée d’être utiles, comme l'écrit Walter Benjamin. Ils ont la saveur mallarméenne des abolis bibelots d’inanité sonore. Par une suite de très deleuziens mouvements aberrants, ces machines ont sans doute trouvé leur propre logique, irrationnelle, qui échappe au spectateur, mais pas à l’artiste-démiurge.
Le coup de force rhétorique par lequel un objet devient une œuvre est une réponse militante de la part de l’artiste à la société de consommation (Marta Caraion, Usages de l’objet).

L’impression de danger et de menace est inhérente à une pensée du futur machinique. Le contrôle-qualité des machines est un esclavagisme technologique pour s’en prémunir contre tout dérapage. Notre peur ne vient-elle pas du fait qu’à une certaine libération de l’homme face à l’aliénation industrielle ferait place son remplacement par la machine? Et, partant, à l'inutilité tout court de l’homme. Et nous sommes ici très loin du transhumanisme d’une Silicon Valley toujours positiviste par appât du gain, ou de l’ère de la singularité dans laquelle une sorte d’équilibre homme-machine pourrait s’installer pour notre plus grand bien, même si nous aurons de moins en moins d’influence sur le développement du monde.
Sauf que ce que nous proposons ici n’est rien d’autre que la peur primale d’un retour de la magie, de l’aberration, dont on croyait s’être prémuni par les sciences et les technologies. Mais ne dit-on pas justement, comme Arthur C. Clarke, que toute technologie suffisamment avancée est indissociable de la magie ?

Cette exposition pourrait même engendrer des superstitions qui, comme le note Gilbert Simondon dans Du mode d’existence des objets techniques, sont des vestiges dégradés de la pensée magique. Cet ensemble d’œuvres prolonge en effet le positionnement que celui-ci attribue à l’univers magique, c’est-à-dire un point neutre entre technique et religion.
Nous pourrions aussi nous en remettre à Lee Ufan (dans L’Art de la résonance), artiste conceptuel pourtant à des années-lumière de cette exposition :
Bien que les choses naturelles aient un goût de libération qui mène l'homme vers une riche dimension, elles sont un marécage d'insécurité, qui rappelle aussi la peur qui dépasse l'homme. Plus l'homme développe à un haut degré sa conscience, plus il revêt le caractère objectif, séparé du monde. Moins la nature est un objet qui apporte la tranquillité, plus elle devient un matériau qui éveille la naturalité potentielle de l'homme, et rend davantage instable le lieu de l’humanité. Car la nature est désormais faite d’objets et de machines. La nature n’est plus un paysage aux oiseaux enchanteurs, elle est aussi un vortex dans lequel hommes et machines cheminent vers un horizon chaotique.

Les artistes de l’art contemporain numérique magnifient la marge d’indétermination inhérente à tout mécanisme, même très sophistiqué. Le monde des arts et de la culture est en général assez hostile aux machines, suppôts de l’industrie et de la société de consommation, simples médiateurs objectifs entre l’homme et le monde. En réintroduisant cette part d’aléatoire et d’indétermination dans leur fonctionnement et leurs comportements, ils leur donnent une valeur qui excède très largement la très petite et très marginale place que le mot objet d’art, voire le ready-made, avaient laissé à la machine dans l’histoire de l’art. Nous avons adoré mettre en valeur ce travestissement généralisé de l’objet technique en objet esthétique, ces épiphanies machiniques révélées à autre chose qu’à l’utilitarisme de l’histoire des objets. Ces êtres techniques, traditionnellement castrés par l’utilité, ici, bandent encore...

Certaines installations nous offrent l’écrin d’une réalité légèrement modifiée qui nous accompagne ou nous trouble avec bienveillance (Pergola de LAb(au), Élasticité dynamique d’Étienne Rey, From Here to Infinity d’Olivier Ratsi. Des dispositifs quasi-thaumaturges...
Mais ne nous y trompons pas, leur hostilité est parfois manifeste et nous renvoie à toutes les effrayantes révoltes de robots et de cyborgs de l’histoire de la science-fiction (Macular de Parsec, Inferno de Louis-Philippe Demers et Bill Vorn, Nyloïd d'André et Michel Décosterd, 99 de Martin Bricelj...).
Toutes ces œuvres auront des comportements extra-terrestres. Elles seront même parfois, littéralement, extra-terrestres : la lecture des plis et replis métalliques d’une météorite va modifier en direct la composition musicale de Lara Morciano. Connaît-on déjà une telle complicité artistique avec un objet venu de l’outre-espace ? (Octaédrite de Félicie d’Estienne et Lara Morciano).

Bien que truffées de technologies, les salles de notre Appartement fou, présenté dans les écuries du CENTQUATRE-PARIS, sont en apparence les moins technologiques de Prosopopées : quand les objets prennent vie. Néanmoins, ce sont aussi les plus emblématiques de ce dérèglement généralisé.
Souvenons-nous que le mobilier et les objets du logis sont les symboles d’un certain ordre (bourgeois, prolétaire, classe moyenne, bobo, etc.). Ils sont toujours la manifestation de convenances et d’une certaine place dans la hiérarchie sociale ou culturelle. C’est ici la dignité de l’homme, habillé des apparats de son appartement décoré, qui est mise à mal par les artistes de l’exposition. Cet appartement a une âme, disent les revues design-déco. Le nôtre en est dépourvu. Ce sont ces composantes qui ont, par la main de l’artiste technicien, des âmes artificielles. Un miroir qui refuse obstinément de faire miroir et d’offrir à son propriétaire sa propre image est une véritable atteinte à l’ordre bourgeois traditionnel. En remontant encore dans le temps, imaginons une Galerie des glaces ainsi dotée, et ce serait la monarchie qui se serait effondrée sur elle-même.
La quasi-disparition (hors des salles d’eau) du miroir dans la société moderne implique, selon Baudrillard, de libérer l’espace de ce strabisme convergent qui fait, à l’image de la conscience bourgeoise, loucher le décor sur lui-même. Le nôtre est la réminiscence d’un ordre ancien en train de mal tourner, alors que les hommes depuis deux siècles se sont ingéniés à produire un environnement maîtrisé, manipulé, inventorié et contrôlé : acquis (Le Système des objets).

Aujourd’hui, tous les gestes ont leurs équivalents techniques et les robots excellent dans le jeu de l’imitation cher à Alan Turing. Mais qu’est-ce qu’une vague de néons ou un rocher qui respire ? Comment un canapé (de vaudeville) peut-il se pâmer, sur un seul pied, comme une cocotte aurait pu le faire ? (Balance from Within de Jacob Tonski). Sommes-nous toujours dans le jeu de l’imitation et dans un système anthropomorphique où l’homme a le beau rôle ? Le combat à mort entre un frigidaire et un radiateur, qui ne semblent pas partager la même vision de l’écologie, sont-ils un point de non-retour de l’objet au service de ? (My Answer to Ecology #2 de Charbel-joseph H.Boutros). Et qu’en est-il du vélo polluant (Keep On Smoking, Michel de Broin) ? Ou des médiateurs robots contre-performants et suppliants de Pascal Bauer qui se prosternent devant les spectateurs et nous rappellent que les robots sont bien des esclaves sans conscience, donc autorisés à la possession par le droit et la culture contemporaines ?
Dans les écuries du CENTQUATRE-PARIS, le spectateur n’entrera pas dans l’appartement de Steve Jobs, mais plutôt dans celui de Théophile Gautier. Ou de Joris-Karl Huysmans. Ou de Philip K. Dick, quelque part entre Berkeley, Point Reyes ou San Rafael, ou dans un autre point amphétaminé de la Baie de San Francisco.

Et les hommes dans tout ça ?
Les machines ne peuvent pas faire d’erreur (les robots ne meurent pas, mais sont en panne..). Mais on peut les programmer pour qu’elles en fassent. Un répondeur téléphonique peut reproduire des mensonges, mais il ne ment pas, ni ne dit la vérité. Nous n’emploierons jamais l’expression idiote intelligence artificielle.
D’ailleurs, il n’y a aucune intelligence tout court dans ces machines. Tout le mérite revient aux artistes et à leur ingénierie. Il n’est question ici que d’intelligence humaine et de talent pour donner l’impression subjective de la conscience des machines et des objets, dont ils sont, bien sûr, dépourvus.
Pour autant, le genre humain est-il déjà sorti grandi de la visite d’un zoo ? L’art numérique présent dans ce techno freak show n’est-il qu’un néo-esclavagisme techno-friendly qui prête aux objets une artificielle capacité de libération et des suppléments d’âme ? Nous nous garderons bien de conclure...

Je considère Prosopopées : quand les objets prennent vie comme une exposition manifeste. Elle est symptomatique des tensions qui habitent les arts numériques : la nécessité de diluer le numérique dans l’art, de le banaliser, d’en faire un outil et une discipline parmi d’autres de l’art contemporain. L’impératif de les éloigner des postures d’innovation technologique, qui ne peuvent que les gadgétiser et faire fuir le monde de l’art contemporain. Et, en même temps, le besoin impératif et contradictoire de bien circonscrire l’art numérique comme un rempart critique à l’heure du tout numérique et de la connectivité omnipotente.

Le numérique a opéré des formes de rapprochement entre les gens en tant qu’unités, mais il n’a pas refondé le genre humain. En ces jours très particuliers, l’art, la musique ou la philosophie sont plus que jamais des armes pour lutter contre la nuit de la pensée, qu’elle vienne des machines... ou des hommes.


Les œuvres présentées :
À chacun son tour Edwige Armand
A day’s pleasure Jérémy Gobé
Art Student Marck
Balance From Within Jacob Tonski
BBot (BrowsingBot) – Anne Roquigny
BeautyRino Stefano Tagliafierro
Bleed – Michel de Broin
Élasticité dynamique : Expansion Étienne Rey
Endophonie Mécanisée – Edwige Armand
HaraGuillaume Marmin et Fred Marolleau
InfernoBill Vorn et Louis-Philippe Demers
I see I see I see Krištof Kintera
Keep on Smoking – Michel de Broin
Mécaniques discursives Fred Penelle et Yannick Jacquet
Miroir fuyant
Thomas Cimolaï
My Answer to Ecology #2 Charbel-joseph H. Boutros
Nervous Trees Krištof Kintera
Nyloïd Cod.act
Notre bon plaisir Pascal Bauer
Octaédrite Félicie d’Estienne d’Orves et Lara Moricano
Pergola – LAb[au]
RE: Bram Snijders et Carolien Teunisse
Rose Laurent Pernot
Sans objet Aurélien Bory
Sex Sells Marck
Signal to Noise LAb[au]
Tablespoons Samuel St-Aubin
temps!réel Maxime Damecour
Timée Guillaume Marmin et Philippe Giordani
Wave Interference Robyn Moody

Informations pratiques :
Les mercredis, jeudis, samedis et dimanches de 14h à 19h
Pendant les vacances scolaires de Noël (du 19 décembre 2015 au 3 janvier 2016) : ouvert tous les jours sauf le lundi.
Tarifs : TP 9€ / TR 6€ / Abonnés et adhérents du CENTQUATRE-PARIS 4€
Entrée libre uniquement le jour de l’inauguration le 5 décembre 2015
Catalogue de l’exposition en vente sur place

Le CENTQUATRE-PARIS
5 rue Curial – 75019 Paris


 

Journée d’inauguration

Samedi 5 décembre 2015, de 14h à 23h30

Pour lancer cette grande exposition de deux mois, la Biennale Némo vous invite à son vernissage mais aussi à plusieurs performances en entrée libre :

  • À 15h, 17h et 19h : Nyloïd de André et Michel Decosterd    logo_prohelvetia
    Pour trois séances seulement, une des performances robotiques les plus organiques jamais réalisées : une expérience fascinante proposée par le duo suisse Cod.Act. Nyloïd s’apparente à une bête robotisée gesticulante et bruissante, dotée d’une vie propre avec des membres tentaculaires qui s’emmêlent à pleine vitesse.
  • À 21h : Physical, performance audiovisuelle de Matthew Biederman et 4X
    Laissez libre cours à votre propre physicalité avec le show électro puissant de 4X (alias Alain Thibault, également directeur du festival Elektra et de la Biennale internationale d’art numérique de Montréal, jumelée avec Némo !) et Matthew Biederman (qui présentera une autre performance, Perspection2 à l’Avant Seine de Colombes).
  • À 22h : Surimpositions de Lorenzo Senni
    Pour finir en beauté cette journée exceptionnelle, une de nos découvertes de l’année : le rituel fascinant de Lorenzo Senni qui nous immerge dans une techno lyrique en version musique de chambre, suite ininterrompue de riffs et de nappes dont on n’aurait que les démarrages.

Informations pratiques :
Entrée libre
Le CENTQUATRE-PARIS


Bill Vorn et Louis-Philippe Demers, Matthew Biederman et 4X (Alain Thibault), Samuel St-Aubin, Michel de Broin et Maxime Damecour sont des artistes québécois. En partenariat avec ELEKTRA Festival d’arts numériques pour Québec Digital Paris / Île-de-France.

LOGO_ELEKTRA_02_2013_NOIR LOGO_BIAN_NOIR_2015QUEBEC_COUL_web

Lorenzo Senni, Frédéric Penelle et Yannick Jacquet (AntiVj), Félicie d’Estienne d’Orves sont des artistes SHAPE, avec le soutien du programme Europe Créative de l’Union européenne



Étienne Rey – Production déléguée Seconde Nature / Coproductions : Arcadi Île-de-France, La Muse en Circuit, centre National de création musicale, CNRS-AMU / INT, Institut de Neurosciences de la Timone Soutien / Soutiens : Drac PACA, Région PACA _ CAC art visuel
Guillaume Marmin – Timée : Musique, Philippe Gordiani / Projet réalisé en collaboration avec le Centre de Recherche en Astrophysique de Lyon (CRAL) / Production, YAM. HARA : Musique, Frédéric Marolleau / Violon, Christelle Lassort / Coproduction, STRP Biennale, YAM.

 

Photo : Balance from Within de Tonski © DR